Centenaire de la «troisième Affaire Dreyfus», celle qui vit le capitaine deux fois condamné par des conseils de guerre (en 1894 et en 1899) obtenir enfin de la Cour de cassation sa pleine et entière réhabilitation, l'année 2006 achève le cycle de commémorations ouvert il y a maintenant douze ans. Plusieurs manifestations importantes auront lieu au mois de juin (un colloque solennel à la Cour de cassation et une exposition au musée d'Art et d'Histoire du judaïsme), mais l'événement majeur réside sans doute dans la biographie d'Alfred Dreyfus que publie aujourd'hui Vincent Duclert.
Car le fait est là : dans l'océan des titres consacrés depuis un siècle à l'Affaire, aucun n'a jamais porté sur l'individu Alfred Dreyfus, son itinéraire ou sa personnalité. Cette absence, bien sûr, n'est pas fortuite. Très tôt, une vulgate s'est constituée pour faire de Dreyfus un personnage froid, antipathique, ingrat, «l'homme que l'on préféra oublier pour conserver la cause». On l'a dépeint comme indifférent à son sort, incapable, indigne presque, celui qui aurait été antidreyfusard s'il n'avait pas été Dreyfus.
Pour Vincent Duclert, «cette légende répandue d'un Dreyfus antidreyfusard» n'est pas seulement fausse, elle «constitue le dernier stade de la conspiration développée contre lui». Loin d'être une concession à un genre grand public, les quelque douze cents pages de cette biographie exigeante s'imposent donc comme un instrument de savoir autant que de combat, dont l'enjeu est de rendre à Drey




