Telle Kiki de Montparnasse, Assia fut l'un des modèles les plus connus du Paris de l'entre-deux-guerres. Contrairement à la première qui vécut avec Man Ray et bénéficia de sa renommée , son souvenir s'est éclipsé. Jusqu'à ce qu'un historien de la photographie, Christian Bouqueret, la sorte de l'oubli. Comme il travaillait sur le mouvement de la Nouvelle Vision des années 20 et 30, Bouqueret s'est attaché à cette femme nue, sans identité, rencontrée à travers l'oeuvre d'une douzaine d'auteurs et lui a redonné un nom. Une exposition fut mise sur pied il y a treize ans. Aujourd'hui, un beau livre chez Marval reprend, en version plus chic, l'essentiel du catalogue de 1993.
Voici donc un joli renversement. Au lieu de s'intéresser aux photographes, la plupart représentants de l'avant-garde de l'époque, le livre se focalise sur l'objet qui les a réunis, ce corps jeune et vigoureux. Pas de pose académique ici, ni nymphe, ni déesse, la blonde Assia se meut devant l'objectif avec une grande liberté de mouvement. Elle incarne l'idéal moderne des années 30, celui d'un corps sain, libre, en harmonie avec la nature. Camping, sports en plein air, voire nudisme sont alors en vogue. Et Assia Granatouroff est fille de son temps.
Qui est-elle exactement, puisque pour une fois il ne s'agit pas de ces modèles vivants anonymes, braves soldats inconnus au service de l'art, victimes de bronchites contractés dans des ateliers mal chauffés ? Née en 1911, à Bogopol, dans l'Empire russe, la voilà, à d




