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Libération
Critique

Bordel-bunker

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Comment, pour l'armée nazie en France, concilier prostitution et «pureté raciale».

Publié le 01/06/2006 à 21h39

Après le combat, le guerrier a, de tout temps, droit au repos, car pour être soldat, il n'en est pas moins homme. Est-ce la conscience de ce postulat, jamais réinterrogé, qui conduit la Wehrmacht à penser à la satisfaction de la sexualité de ses troupes, dès la signature de la convention d'armistice ? En juillet 1940, le Haut Commandement de l'armée de terre (OKH) décide d'ouvrir des maisons closes pour les seules troupes allemandes, dont certaines seront réservées aux officiers, alors même que celles de la Wehrmacht leur étaient interdites. Ainsi est récupéré au profit de l'occupant le réseau prostitutionnel, créé en France par le système réglementariste. Cette rapidité à pourvoir au «ravitaillement sexuel» étonne l'auteur, historienne à l'université de Konstanz. Elle y voit l'expression d'une double urgence : il s'agit d'une part de contrôler les rapports de sexes entre les Allemands et les Françaises, en dirigeant ces relations vers la vénalité des bordels dont les prostituées juives et étrangères sont d'emblée exclues, et d'autre part de bloquer tout risque de contagion vénérienne.

La syphilisophobie qui atteint le haut commandement n'est pas qu'affaire d'hygiène, elle reflète l'appréhension de la France. Le pays vaincu est, aux yeux des nazis, celui du plaisir, de la débauche, de la luxure, le centre de «la traite internationale des Blanches», autant de traits, imputés par la propagande allemande au système gouvernemental républicain français et à «l'approbation d'une li

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