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Libération
Critique

Le monde à l'envers.

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Les images préméditées d'un maître américain de la «camera obscura».

Publié le 29/06/2006 à 21h37

Pour la première image de sa monographie, Abelardo Morell a choisi de publier ses parents sur une pleine page, juste après leur arrivée aux Etats-Unis. C'est un clic-clac d'amateur, tous deux sourient à leur gentil garçon, la vie est belle. Le père, torse nu, tient à la main une pelle remplie de cendres, il a chaud, on dirait un boxeur ; à ses côtés, sa femme porte une drôle de blouse longue avec une coiffure savamment bouclée et des sourcils très fins, style Edith Piaf. Ils sont au travail, comme le précise la légende : «Mes parents dans la chaufferie, 1963.» Un an auparavant, ils ont quitté Cuba, le père est devenu gardien d'immeubles, le fils a dû apprendre «en accéléré» la langue de son pays d'adoption. Cette photographie de famille est un drapeau de pirate. Et l'acte de naissance argentique d'Abelardo Morell, né en 1948 à La Havane, diplômé des beaux-arts de la Yale University en 1981, aujourd'hui professeur à Boston, au célèbre Massachusetts College of Art.

A part Abelardo et Carmen, ses parents, qu'a donc photographié Abelardo Junior ? D'abord, selon ses propos, «des choses qui n'avaient aucun sens» (à ce moment-là, il lit John Cage et écoute Coltrane), puis des gens dans la rue (portrait crazy de jumeaux dans l'esprit de Diane Arbus), des situations plus ou moins irréelles (groupe d'enfants tendance Blow up), et un cheval de profil, en gros plan, comme scalpé par l'objectif. Rien d'essentiel, pense-t-il, et il se consacre à l'enseignement pendant quelque temps.

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