Une de perdue, une de perdue. Sa petite amie le quitte, alors pour conjurer le chagrin, l'éternel étudiant en philo (il a trente ans) décide d'écrire un livre sur Kierkegaard. En vérité, les gens vous quittent avant de vous avoir quitté et s'il faut adhérer à la stricte chronologie des faits, le narrateur n'avait pas attendu le départ définitif de la bien-aimée pour s'embarquer dans l'entreprise. La biographie du philosophe danois n'était rien d'autre qu'une autobiographie masquée : «C'est d'ailleurs Kierkegaard lui-même qui me l'a enseigné : non seulement il est inutile, mais il est également impossible de parler de soi directement.» Il faut bien tenter d'expliquer qui l'on est, si l'autre ne le comprend pas tout seul. C'est qu'à première vue, l'abandonné peut posséder quelques traits peu attractifs pour la vie à deux : une inaptitude à la vie concrète caractérisée et une suspecte propension à la tristesse. Mais ne point l'accabler ! Le handicapé social à tendance dépressive se soigne : il a trouvé un job de chauffeur de bus pour touristes danois (mettre à profit ses rudiments de la langue d'Andersen) et va chez le coiffeur de manière compulsive (la peine pousse à l'aune des cheveux) afin de raconter ses déboires sentimentaux et sociaux.
Sous couvert d'un roman de désamour, Vincent Delecroix approfondit le thème de la solitude. Pas uniquement le désarroi face à la rupture, mais la solitude inhérente à l'impossibilité du couple comme au désir tragique de fusion. La rup




