C'est à une histoire de la démocratie que nous invite Luciano Canfora dans cet essai roboratif, non tant dans ses principes que dans les formes concrètes qu'elle a pu prendre. Que nous apprend la pratique de la démocratie au cours des âges sur ce régime politique ? Loin d'une promenade enchantée, le grand historien de l'Antiquité italien propose une réflexion sans concession. L'idée de la démocratie manquée constitue le fil rouge de sa démonstration, considérant que cette confiscation est un trait général des systèmes démocratiques dans l'histoire.
L'idée démocratique est soumise à deux influences déterminantes. La première est la Grèce ancienne à laquelle se réfère depuis toujours la tradition occidentale, jusqu'à la toute récente Constitution européenne dont le préambule s'ouvre par une citation de Thucydide. Or, Canfora souligne combien la démocratie antique était loin d'être universelle, ce qui fait d'elle un antécédent ambigu mais aussi très révélateur de la démocratie moderne. Ainsi, à Athènes, seuls les «citoyens» c'est-à-dire une minorité excluant les femmes, les esclaves ou les étrangers avaient le droit de participer à la vie démocratique, et seul un petit nombre (jamais plus de 5 000) de ces 30 000 citoyens participaient effectivement aux assemblées politiques de la cité dont la direction était en réalité assurée par une minorité de «puissants». Un bel exemple de cette «liberté égoïste» est le fait que la révolution américaine à la fin du X




