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Critique

La raison du plus flou

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L'univers intimiste du globe-trotter Bernard Plossu.

Publié le 12/10/2006 à 23h39

C'est étrange d'éprouver le mal du pays pour un endroit où on n'est jamais allé. Devant les images de Bernard Plossu, c'est pourtant le cas. Ainsi Douchy-les-Mines, une rue quasi de village se tord entre des maisons basses. Le bitume est luisant de pluie, des traînées sur le ciel font penser que l'image a été prise à travers un pare-brise. «Nous y sommes», semble indiquer le photographe, établissant avec celui qui regarde une relation comme celle qui lie un écrivain à son lecteur.

Que ce soit dans le désert ouest-américain, sur une route humide au Mexique, en Afrique noire ou dans le nord de la France, on retrouve le sentiment d'être là, devant des lieux familiers, épais du voyage ou de la marche qui a précédé. Et on retrouve aussi le flou récurrent, caractéristique du style de Plossu, par lequel il rend compte d'atmosphères faites de gris, d'attente, de fugacité, de temps compressé. «Une image peut être floue comme une pensée», écrit-il, phrase qui balaie tout soupçon de simples effets photographiques.

Au cours de quarante ans de travail, Bernard Plossu a publié une soixantaine de livres, souvent de manière confidentielle, chez de petits éditeurs. Cette fois, précédant une rétrospective au musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg (1), voici enfin une véritable monographie. Elle permet de saisir l'unité d'une oeuvre intimiste et autobiographique, en noir et blanc, qui a inspiré à sa suite un grand nombre de photographes et de pratiquants du «journal de v

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