Frédéric Pajak entend des voix, Frédéric Pajak écrit, dessine et entend des voix. Il entend la voix de son père mort écrasé par un chauffard, la voix de Nietzsche, la voix de Kourousan qu'on ne connaît pas et son oeil crevé à coup de fusil, la voix de Gébé, la voix de Jean-Pascal Imsand que l'on devrait connaître, la voix de Nietzsche de nouveau, la voix de Nietzsche couvre toutes les voix dans les livres de Pajak depuis l'Immense Solitude (PUF, 1999) où elle se mêlait à Turin à celles de Pavese et de Primo Levi : «J'entends des voix, les voix étouffées des morts, de tous ces chers morts avec lesquels nous vivons malgré nous.»
Pajak dessine les voix qu'il entend. Sauf la voix de son père, trop proche, trop lointaine, trop vivante et trop morte pour être dessinée, il préfère en montrer quelques photos : «Pour commencer ce livre dessiné, je voudrais montrer quelques photographies. D'abord ce portrait de mon père Jacques Pajak que j'ai toujours vu, après sa mort en 1965, posé sur la table de nuit de ma grand-mère. Aucun dessin ne saurait remplacer cette image douce devenue parfaitement épouvantable [...] Il a laissé entre les mains de différents marchands et collectionneurs quelque dix mille peintures, dessins, gravures et collages, sans compter des films, des poèmes, des livrets d'opéra.» Mort à trente-cinq ans, Frédéric en avait dix. Père, grand-père, grand-oncle, tous les Pajak étaient polonais et peintres. Frédéric, un peu polonais, un peu suiss




