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Libération
Critique

Trevisan à pas comptés

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A Vicence, les absents ont toujours raison. Même quand ils ont tort.

Publié le 14/12/2006 à 0h29

De sa maison de la via Dante, à Vicence, jusqu'à l'étude notariale de maître Strazzabosco, il y a quinze mille pas, Thomas Boschiero, le narrateur, les a comptés, un par un, à l'aller comme au retour, c'est très rare de trouver le même compte et si rond à l'aller et au retour, le narrateur est un compteur de pas, ce n'est pas un métier mais une activité qui s'exerce sérieusement. Les Quinze Mille Pas qui donnent au livre son titre, ne disent leur nombre qu'à la page 140, à dix pages de la fin, à cette même page, on apprenait le nom du narrateur, Boschiero, il était temps, et il fallait avoir l'ouïe fine, l'oeil affûté, pour attraper au vol de la page 74 son prénom, Thomas, de la bouche même de la vieille Magna bosco quand elle lui dit : «Quand je pense qu'après ma mort c'est eux qui hériteront de tout, ça me donne envie de ne pas mourir du tout.» Le prénom de «Thomas» était bien cité dans la préface, mais elle semblait d'une autre main, on n'en sait rien. Cela n'a guère d'importance, les vrais personnages du livre sont les absents, désignés mais anonymes, ils sont le frère et la soeur, on la retrouvera morte, on l'enterrera au fond du jardin, peut-être, on sèmera du gazon par-dessus, peut-être pas, en tout cas elle est «présumée morte», le frère, lui, on ne le retrouvera pas, on le cherchera, pas à pas, quinze mille pas, mais on ne le trouvera pas. Deux autres absents sont les parents de ces trois-là, les parents morts assez tôt pour faire des orphelins

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