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Libération
Critique

Marie NDiaye, drôle de trame

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Le portrait de Nadia en trente-huit marches sous le poids du péché originel.

Publié le 01/02/2007 à 5h47

Les livres de Marie NDiaye racontent des histoires, ils ne font même que cela, ils nous épargnent ces diverses considérations, explications, commentaires, digressions qui foisonnent et font ventre (et parfois plaisir) dans les livres des autres. Les personnages sont donnés pour vrais, autant qu'on peut l'être dans un roman, disons que la question de l'effet de réel qu'impose leur présence dans le livre ne fait pas l'objet de la moindre remise en cause, ils sont là, voilà tout, dans leur vie, leur sueur et leur sang, rarement leur joie, et traversent le livre en poussant une existence qui leur échappe, qu'ils subissent, tentant d'en maîtriser quelques bribes. Les romans de Marie NDiaye sont des histoires, et pourtant dire les histoires qu'ils racontent (ce qu'il faut cependant bien faire) ne dit pas grand-chose de l'art de Marie NDiaye, de son emprise tenace sur ses lecteurs : le trouble, le vertige, l'instabilité du regard que ses mots imposent semblent provenir autant de ce que les textes disent que de ce qu'ils taisent, et de ce qu'ils taisent nous ne savons pas grand-chose sinon la sensation du manque, et cette sensation est une angoisse, une douleur exquise où ce n'est pas la douleur qui gâche le plaisir, au contraire, c'est le bonheur de lire qui console un peu de la désespérance d'être de ce monde.

Est-ce pour répondre à ce manque que, depuis plus de vingt ans (Marie NDiaye n'avait pas dix-huit ans lorsqu'en 1985, elle publia son premier roman au titre sibyllin et prémo

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