Voici dix ans disparaissait François Furet. Cet anniversaire, et les multiples rééditions qui l'accompagnent, sont l'occasion de revenir sur l'oeuvre de l'un des plus grands historiens français de l'après-Seconde Guerre mondiale. OEuvre paradoxale, car la plupart de ses ouvrages, de l'Histoire de la Révolution française, écrit en 1966 avec Denis Richet, jusqu'au Passé d'une illusion publié en 1995, peu avant sa disparition, ont été l'objet de polémiques parfois vives, événement plutôt rare pour un historien universitaire.
Comme beaucoup d'historiens de sa génération, celle qui entame sa carrière au début des années 1950, Furet se passionna pour le XVIIIe siècle et entreprit une thèse sur la bourgeoisie parisienne et son essor, projet somme toute assez banal à une époque très influencée par le marxisme. Anticipe-t-il une impasse ou, plus simplement, souffre-t-il de quelque ennui à ausculter des milliers de documents, lui qui manquait de patience et qui préféra toujours le livre à l'archive ? Toujours est-il qu'il choisit délibérément une autre façon d'exercer son métier : s'il reste un historien professionnel, rigoureux dans ses raisonnements et dans l'emploi des sources, il se veut également désormais «penseur» de l'histoire, comme l'annonce le titre de son plus grand livre, Penser la Révolution française, s'efforçant en particulier d'inscrire ses réflexions sur le passé au sein d'un questionnaire orienté, travaillé par le temps présent et ses inte




