Les mots et les langues peuvent être appris. Il arrive aussi que les mots, les langues, le langage même, soient oubliés, ou abandonnés, par les hommes et par les peuples. Ces oublis et ces disparitions, Daniel Heller-Roazen, qui enseigne la littérature comparée à Princeton, s'y intéresse dans vingt et un courts essais qui font appel à la linguistique et à la philosophie, à la psychanalyse et à la neurologie. A partir d'intuitions parfois lumineuses, il explore la littérature arabe et les écrits de Freud sur l'aphasie, la naissance du français et la renaissance de l'hébreu, le babil enfantin et la tour de Babel.
D'abord les sons et les lettres : il se penche sur la fonction de l'aleph (lettre hébraïque que nul ne peut prononcer, «parce que, contrairement aux autres lettres, elle ne représente aucun son») et sur le babil enfantin («tout se passe comme si l'acquisition de la langue n'était possible qu'au prix d'un oubli, d'une amnésie linguistique infantile»), il nous fait découvrir les injustement méconnues exclamations et interjections. «Les sons employés dans les interjections, dans l'imitation des bruits non humains et dans les ordres que l'on donne aux animaux, écrit-il, se rencontrent rarement dans l'expression courante.» Dans l'interjection française «rhô-la-la», par exemple, la première syllabe contient un «kh», comparable à la jota espagnole, qui «n'a pas de place attitrée dans le système phonique français». Autres exemples : le




