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Interview

Faut-il pendre le soldat Ryan?

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S'inspirant de Louis Guilloux, Alice Kaplan se penche sur deux procès au sein de l'armée américaine, en France, à la Libération.

Publié le 12/04/2007 à 7h10

Pour pénétrer dans une ferme de Plumaudan où il avait l'intention de violer une jeune femme, James E. Hendricks, chauffeur assistant dans une compagnie d'intendance, tira le 21 août 1944 dans la porte d'entrée, tuant involontairement le père, Victor Bignon. Le 22 août 1944, le capitaine George Whittington, du 5e bataillon de rangers, après une soirée bien arrosée, abattit dans la cour de l'hôtel de France de Lesneven un résistant, Francis Morand, l'accusant, sans l'ombre d'une preuve, d'être un espion à la solde du Reich.

Rien, a priori, n'incite à rapprocher ces deux tragédies, à deux points près. Hendricks, obscur chauffeur noir, fut, pour un homicide commis sans préméditation, condamné à être pendu alors que Whittington, héros blanc d'Omaha Beach, fut pour son meurtre gratuit acquitté. Et lors des deux procès, l'écrivain Louis Guilloux intervint, comme interprète, pour assister les Français qui témoignaient dans les deux cours martiales. Il devait tirer de cette expérience le récit O.K. Joe.

Cette profonde inégalité a suscité la curiosité d'Alice Kaplan qui, après avoir exploré les méandres du procès Brasillach, livre un récit passionnant. Il montre, en effet, la face cachée de la libération de la France, souvent marquée par la liesse, parfois endeuillée par des violences trop longtemps occultées. Il dévoile, surtout, le mécanisme judiciaire de cours martiales entendant châtier, avec la plus extrême fermeté, les soldats égarés qui, par leur action, menaçaient l'enten

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