Pourquoi ce livre ?
Parce que je m'intéresse à la façon dont on met le monde en musée, en particulier le monde des Autres, dans ce que j'appelle les musées des Autres. Mais, au-delà des musées, je cherche à atteindre quelque chose de beaucoup plus diffus, le goût des Autres, qui prend toutes sortes de formes culturelles et esthétiques : la world music, Cesaria Evora et le film Buena Vista Social Club, la nourriture ethnique, les écharpes indiennes et la fascination pour le dalaï-lama, le goût des voyages et le mythe des peuples premiers, ce romantisme qui nous fait rechercher avec nostalgie un paradis perdu dans les peuples qu'on postule primitifs, qui seraient préservés de la corruption de notre société, et en même temps menacés par elle. Ce goût, difficile à analyser, est très répandu dans les sociétés occidentales, et chez des gens très différents, quel que soit leur niveau d'éducation. Et le musée m'intéresse parce que c'est un lieu où se cristallise ce goût des Autres, un lieu où on peut l'étudier.
Qu'est-ce qu'un musée des Autres ?
C'est ce que j'oppose aux musées de Soi. La plupart des musées sont des musées de Soi : en présentant et en mettant en scène les biens qui définissent l'identité d'une collectivité, ils répondent aux questions : «Qui sommes-nous?» et «D'où venons-nous?». Ce sont les grands musées d'art, d'histoire ou d'archéologie, ce peut aussi être un musée municipal qui expose des silex, des restes de mosaïque et d'armes de l'âge du bron




