Interrogez tout un chacun sur les origines de la sexologie, il y a fort à parier que sera évoquée la revendication de liberté et de plaisir sexuels des années 70, dans la lignée du «jouissons sans entrave» de Mai 68 ; les réponses affinées relieront la naissance de la science du sexe au féminisme et à son exigence de l'épanouissement du corps féminin. Quant aux pères fondateurs, seront cités Master et Jonhson, voire Kinsey, et leurs fameux rapports. Toujours la sexologie rimera avec la quête, entre médecine et psychanalyse, du bonheur sexuel, reconnu depuis Freud comme clé de l'équilibre psychique. D'une plume alerte trempée dans l'encre des archives des thèses aux gazettes médicales et judiciaires, en passant par les guides destinés au couple , Sylvie Chaperon biffe d'un trait ces idées reçues : c'est «par la porte des fous, des dégénérés, des invertis et autres tarés» que «l'érotisme, le jeu sexuel, l'art du sexe [sont] entrés dans la médecine». D'où la nécessité du néologisme sexologie , créé dans la décennie 1910, par des militants qui «luttent pour l'égalité des droits en matière de pratiques sexuelles», et veulent rompre le lien entre médecine et sexualité.
Vers 1850, le savoir médical, détenu uniquement par des hommes, ne secourt donc pas les sexualités insatisfaisantes. Dans un premier temps, il lui faut comprendre le fonctionnement sexuel, en le détachant de tout préjugé religieux et de la reproduction. Les travaux, ici clairement analysés,




