La mémoire de la colonisation est un champ de bataille. Les uns tendent à célébrer ses bienfaits, les autres dénoncent les turpitudes d'une IIIe République niant, au-delà de ses frontières, ses valeurs progressistes et ses idéaux universalistes. Emmanuelle Saada défend une tout autre approche, en s'efforçant de saisir et la construction et les effets des normes juridiques, présumées dévoiler les logiques et les contradictions des impérialistes français. L'attention se porte ici sur les métis, enfants le plus souvent nés de la rencontre d'un militaire en garnison et d'une femme, africaine ou indochinoise. Ces êtres sont-ils français et amenés à jouir des droits et des devoirs d'une pleine citoyenneté ? Ou restent-ils des sujets ?
Cette question n'a pas reçu de réponse univoque, d'autant que les métis bénéficiaient d'un statut ambivalent, considérés parfois comme un stimulant pour la race comme on disait alors , parfois comme un facteur d'abâtardissement. L'Etat, du coup, aurait pu s'abstenir, en se bornant à accorder la citoyenneté aux enfants reconnus par l'un des deux parents. Mais les risques étaient lourds : les fraudes pouvaient se multiplier, les pères indélicats échapper à leurs devoirs, les catégories distinguant dominants et dominés se brouiller. Bref, il intervint, mais de façon curieuse. L'Etat central laissa au fond les colonies se débrouiller l'Indochine devint dans une large mesure un laboratoire juridique. Et la puissance publique invoqua un curieux a




