En 1981, Yussef Bazzi vit à Beyrouth, il a 14 ans. A l'âge où les jeunes Français entrent en 3e, il s'engage dans une milice et participe à la guerre du Liban. Le texte qu'il publie vingt-cinq ans aprèsest le récit d'une pure expérience de combattant. Il n'est question ni de patrie ni de religion, à peine de l'envahisseur israélien. Les adversaires contre lesquels il se bat sont la plupart du temps des compatriotes, parfois des amis d'hier. Bazzi nous raconte la guerre à partir d'une position qui n'est ni celle du héros ni celle de la victime, mais celle d'un soldat qui a été équipé d'une arme à feu et qui s'en sert.
Il nous montre comment le contact physique permanent avec une arme et la proximité de la mort - la sienne et celle des autres - dissout les inhibitions liées au sexe, à la drogue, au pouvoir, aux règles morales. Un camarade arrache les dents en or de trois cadavres, «ça vaut au moins cinq grammes de cocaïne», ils entrent dans un bar à putes, il attrape une blonde à peau blanche, puis, dans un autre bar - «on n'a pas encore notre compte» -, une grosse Egyptienne dont la «peau a les reflets bleutés d'un cadavre». Il nous montre comment le pouvoir de tuer, ou l'éventualité même de la possibilité de tuer, altère irrémédiablement les relations avec les autres, y compris au sein de la famille. «Je rentre chez moi. Cette fois-ci, mon beau-père ne pipe mot. [.] Je le regarde en souriant, il sait que je peux le tuer sans ciller. Je lui demande du f




