Les «masculinités» : ce pluriel exprime la complexité de l'histoire de l'identité masculine, nécessairement articulée avec celle de la féminité. Entreprise, elle, depuis plus de trente ans, l'histoire de l'identité féminine a invité à ouvrir ce champ de recherches, longtemps négligé, faute d'avoir été attentif au fait que «l'histoire des hommes [.] comme sujets universels» ne se confondait pas avec celle des hommes «comme sujets "particuliers"» (Judith Surkis). C'est sur eux que dix-sept chercheurs, en majorité des historiens, ont échangé leurs points de vue durant une journée d'études tenue à la Sorbonne, en 2006.
Stratégies. Tous s'accordent sur l'historicité de la masculinité. Elle a été longtemps définie, rappelle Alain Corbin, comme «ce qui annonce de la grandeur, de la force, de la supériorité» ; la virilité ajoute à ces caractères «la vigueur et la fermeté». Les recherches portent sur les processus de consolidation de cette base, mais aussi sur ses fissures, et ce depuis la Révolution. Repère majeur : elle tue le roi-père impuissant pour lui substituer un «citoyen nouveau, homme actif, producteur et génératif», ce qui pose la masculinité en «représentation sociale de force, d'autorité, de maîtrise, de pouvoir» (Judith Surkis). C'est le temps, insiste Bruno Hervé, de la remise en cause des «rapports sociaux de domination entre les sexes», celui où la supériorité masculine s'inscrit aussi dans la réécriture du droit privé.




