Dans l'auberge espagnole des totalitarismes, l'Italie mussolinienne a longtemps fait pâle figure. Nombre d'historiens, suivant Hannah Arendt, ont refusé de considérer que le fascisme relevait de cette catégorie, soulignant - pour appuyer leur démonstration - que le Duce avait confiné le Parti à un rôle marginal, et dépolitisé l'Etat en s'appuyant sur une haute fonction publique peuplée de technocrates.
Vision erronée, rétorque Jean-Yves Dormagen qui, pour démonter cette thèse, braque le projecteur sur un ensemble d'administrations paraétatiques. Le régime, reprenant une tradition solidement établie, multiplia les agences chargées de missions diverses - entre autres d'intervenir dans l'économie italienne afin de la moderniser (l'IRI fut la plus célèbre d'entre elles). Ces agences, en 1934, formaient 17 % du PNB et comptaient des milliers de salariés. Or, loin d'être peuplées de hauts fonctionnaires épris d'efficacité et politiquement neutres, elles furent truffées de fascistes bon teint. Un beau pedigree facilitait les promotions - que l'on ait contribué à la formation des Faisceaux dès 1919 ou participé à la marche sur Rome en 1922.
Le Parti, par ailleurs, vérifiait attentivement la conformité politique des impétrants, promouvant les fidèles et écartant les brebis galeuses. Les nominations remontaient d'ailleurs jusqu'au secrétariat particulier du Duce, qui donnait son avis - bien évidemment suivi - et évitait que ces hiérarques n'acquièrent une trop forte légitimité (techniqu




