Pour Jean Rhys, «la peur est jaune». Et, si elle dit «jaune», ce n'est pas juste comme ça. Elle sait de quoi elle parle, la peur est omniprésente dans ses romans et ses nouvelles et elle n'est ni noire, ni violette, elle est jaune. Comme un ciel avant le cyclone ou les dents d'un mauvais râtelier qui s'échappent d'une bouche.
Argent. Les textes de l'écrivain britannique morte en 1979, parvenue à la célébrité sur le tard alors qu'elle était retirée dans un village anglais, en vieille femme excentrique que les enfants persécutaient, ne sont pas gais. D'inspiration fortement autobiographique, ils sont le reflet de sa vie, faite de mouise, d'alcool, de «souffrance d'exister» et d'abandons.
Née dans les petites Antilles britanniques, à la Dominique, en 1890 d'un père anglais et d'une mère créole blanche, Jean Rhys arrive à 16 ans à Londres. A partir de ce moment, elle aura froid et elle manquera souvent d'argent. Or l'argent, elle aime ça, parce que, explique-t-elle, ça attire l'envie des femmes et l'amour des hommes. Pourtant, elle n'en a pas besoin pour séduire : elle est belle et maquillée. Chorus girl dans le music-hall, à ses débuts, elle aura plusieurs amants et trois maris. Avec le premier, elle vit à Paris dans les années 20, dans la joyeuse atmosphère de Montparnasse, et aussi à Vienne. Le premier mari commet des entourloupes financières, il est condamné. Jean Rhys, qui elle-même fera un passage en prison plus tard, pour coups et blessures sur un voisi




