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Libération
Critique

Léal, vous le valez bien

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Publié le 05/06/2008 à 3h45

Devant un livre de Fred Léal, le lecteur prend conscience que le roman est un genre à mémoire de forme. Prenez la Porte 'verte, ouvrez n'importe où, vous ne trouverez que des fragments de textes, dialogues et monologues, pensées des personnages, parfois le bulletin météo ou le commentaire d'un match de foot, des croquis, des chansons ; le tout disposé comme une partition dans l'espace de la page. Et, contre toute attente, cela fait toujours un roman, assez sidérant et au bout du conte, d'une lecture aussi simple qu'une BD. «J'essaie simplement d'écrire comme je lis, explique Léal. Que cet acte ("lire") puisse être, aujourd'hui en ces temps de normalisation, une aventure, c'est une bonne nouvelle, non ? Voilà peut-être l'aspect engagé, politique, de mon écriture : j'exige du lecteur un minimum de participation, en échange du bien le plus précieux : sa liberté - comme chez Lip ! Je lui propose, en somme, un modèle d'autogestion.»

Fred Léal n'a pas inventé le roman polyphonique, ni le cut up, mais il en a imaginé une configuration libre. Il est un formidable narrateur, un peu baratineur, petitneveu du Cendrars de Kodak et du Maurice Roche de Compact. Cet écrivain fait bugger le roman depuis Selva (2002), testament de son année passée dans la légion étrangère comme médecin en Guyane : la description d'une popote régimentaire qui versait dans le côté noces et banquet de Plat(o)on.

Avec la Porte 'verte, le

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