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Critique

Athènes sans isoloir

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Publié le 19/06/2008 à 3h56

Les neutres, les abstentionnistes, les sans-opinion, les ni-droite-ni-gauche. tous des idiots ! Telle fut la remarque adventice de Cornelius Castoriadis, tenant séminaire un beau jour de 1983. Revisitant pour ses étudiants les fondements de la démocratie athénienne, il s'était arrêté sur la notion de parrhèsia. La parrhèsia, c'est «l'obligation de dire franchement ce que l'on pense à propos des affaires publiques» (1). Au temps de Solon, un citoyen qui refusait de se prononcer pouvait se voir retirer ses droits civiques et, plus tard, Périclès affirma qu'«un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile». C'est alors que Castoriadis remarqua que le mot «idiot» vient d'«idiôtès - l'imbécile qui ne s'occupe que de ses propres affaires.» Vingt-cinq ans plus tard, les idiots se portent bien, et il n'est pas inutile qu'une voix les remette à leur place.

Minutes.Né en Grèce en 1922, économiste, philosophe, psychanalyste, fondateur et animateur de la revue Socialisme et Démocratie, figure de proue de la pensée antitotalitaire, théoricien de «l'institution imaginaire de la société», Cornelius Castoriadis n'a cessé de travailler la question démocratique. Depuis sa disparition, en 1997, le Seuil a entrepris de publier les minutes du séminaire qu'il tenait à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Telle qu'elle est transcrite, tout imprégnée d'oralité, sa pensée re

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