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Libération
Critique

Des Français désintégrés

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Publié le 18/09/2008 à 5h03

Les Français aiment parfois à vivre sur de consolantes certitudes. Ils ont ainsi souvent considéré que le projet impérial illuminait les colonisés en leur offrant le progrès et les droits de l'homme. Cette vision optimiste voile de curieux paradoxes. En 1950, une majorité de Français aurait sans doute affirmé que l'Algérie, c'est la France. Dix années plus tard, les mêmes relèveront sans broncher que l'Algérie et la France constituent deux entités bien distinctes.

Mânes.Un jeune universitaire américain, Todd Shepard, a voulu éclairer cette contradiction. Il montre que la métropole, tout en prétendant assimiler les colonisés, n'a eu de cesse de les exclure, barrant notamment, pour des raisons diverses, leur accès à la citoyenneté. D'emblée, logique d'exclusion et logique d'assimilation se sont surimposées - et la crise algérienne n'a guère contribué à clarifier les perspectives. Les partisans de la décolonisation, au départ minoritaires, devinrent de plus en plus nombreux, accréditant la thèse que la fin de l'Empire - jugée jusque lors inadmissible - allait au fond dans le sens de l'histoire. Les partisans de l'Algérie française, à l'inverse, invoquèrent les mânes de 1789, affirmant que les Algériens pouvaient devenir Français, plaidant pour une France multiculturaliste.

Du coup, la guerre d'Algérie contribua à redessiner les contours de la citoyenneté. Non sans ambiguïté. Les harkis, a priori citoyens français depuis 1958, furent considérés, lorsqu'ils optèrent pour la France

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