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Libération
Critique

Historien, le travail de l'oubli

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Publié le 18/09/2008 à 5h03

Plus que tout autre, l'historien Benjamin Stora incarne la persistance de l'Algérie dans l'espace français. Né dans le Constantinois, hanté par le souvenir d'un monde qu'il a vu s'effondrer, il y a consacré l'ensemble de ses travaux universitaires. Or, voilà ce qu'il écrit aujourd'hui : «Je pensais naïvement que la tâche primordiale de l'historien était de "retrouver" la mémoire pour écrire l'Histoire, en permanence dévoiler la connaissance des faits qui avaient été enfouis, reconstruits. Ce travail historique paraissait de l'ordre de l'évidence. [.] Au fur et à mesure [.] je me suis aperçu que c'était un petit peu plus compliqué. Les sociétés, en fait, avaient besoin d'oublier. [.] Pour se reconstruire, se fabriquer une identité positive, une société pratique une sorte d'oubli nécessaire.»

L'Algérie est un moteur et un fantôme. La chaleur qui manque à l'adolescent quand il débarque en région parisienne en 1962, il la trouvera en mai 1968, qui fut son «moyen d'entrer enfin dans la société française». Avec l'engagement révolutionnaire, il donne un sens au départ de l'Algérie et, lorsqu'il entre chez les trotsko-lambertistes de l'OCI, où il militera jusqu'en 1985, il retrouvera la figure du leader indépendantiste algérien Messali Hadj, grand ami de Pierre Lambert - Stora en fera son sujet de thèse. Devenu historien, il plonge dans le monde des archives. Le savoir historique est une discipline universelle qui aide à panser les blessures du souvenir singulier. Bient

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