Il attend, assis en vieil habitué à la table de cuivre martelé. La menthe fraîchement coupée a rejoint la poudre de thé dans la théière cabossée posée devant lui par un serveur à grosse moustache, déférent et protecteur. Sous les miroirs piquetés et multicentenaires du mythique café Fishawy, au cœur du souk du Khan el-Khalili, Gamal Ghitany est chez lui. Au point, à 63 ans, d'y avoir même vécu plusieurs vies. La première fut celle d'un fils de Haute-Egypte, déraciné et greffé ici, à l'ombre des mosquées de ce Caire médiéval tortueux et poussiéreux. Il y grandit, y travailla comme dessinateur de tapis. Une pincée d'années plus tard, d'autres vies l'en éloignèrent, sans jamais l'en couper. Il fut journaliste, correspondant de guerre. Militant communiste, entôlé. Romancier reconnu, il se fit aussi critique, fondant avec succès en 1993 Al-Akhbar al-Adab («les Nouvelles littéraires»), la plus influente revue de lettres du monde arabe. Une aventure nourrie par des années de discussions avec Naguib Mahfouz, qu'il considérait comme son maître et qui voyait en lui un frère d'écriture plus qu'un fils. La disparition du prix Nobel de littérature, il y a deux ans, l'a laissé plus pensif encore, soucieux de voir s'accélérer autour de lui un monde de moins en moins capable de profondeur. «Nous n'avons plus de mémoire», regrette-il.
«Bonheur». Mémoire, temps et hasard, autant de thèmes qu'il explore dans les Poussières de l'effacement, un




