Martin Rueff a édité le volume des Œuvres de Pavese, le parcours d’une vie et d’une œuvre qui va de Travailler fatigue (premier recueil de poèmes) jusqu’au Métier de vivre (le journal capital), de la sortie de la jeunesse au seuil du suicide.
«Le sujet, c'est le sérieux de la littérature qui se confond, dans le cas de Pavese, avec le métier de vivre qu'il distingue de l'art de vivre.
Prendre la littérature au sérieux, cela commençait, dans le cas de Pavese par comprendre son intention. Non pas pour constituer la règle de son interprétation, mais pour restituer son œuvre. La mort prématurée de l'auteur (il avait 42 ans) a permis à chacun de se faire un Pavese à sa manière, procédant par bouts et morceaux choisis, pour finir par s'étonner que son œuvre ne présentât pas l'unité d'un projet littéraire - il y avait le néoréaliste, le poète déchiré et lucide, l'amateur de mythes, le diariste sombre, etc. Or il faut lire tout Pavese et, de préférence, tout Pavese dans l'ordre. On a donc fait de la citation suivante, qui date de 1946, un programme éditorial : "Je n'ai pas de doutes sur la fondamentale et durable unité de ce que j'ai écrit et de ce que j'écrirai ; je ne parle pas d'une unité autobiographique ou de goût, car elle est sans intérêt, mais de celle des thèmes, des intérêts vitaux, je parle de l'entêtement monotone de celui qui a la certitude d'avoir atteint dès le premier jour le monde véritable, le monde éternel, et




