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Critique

Le «Nouvel Esprit» critiqué

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Capitalisme. Relecture de l’ouvrage de Boltanski et Chiapello.

Publié le 04/12/2008 à 6h51

Paru en 1999, le Nouvel Esprit du capitalisme (Gallimard) de Luc Boltanski et Eve Chiapello, fait partie de ces livres qui, après un succès public, continuent de travailler souterrainement. Les auteurs y décrivent la récupération par le discours néolibéral de certains mots d'ordres issus de 68 (autonomie, créativité, souplesse) et en viennent à identifier deux formes de contestation du capitalisme : «la critique sociale», ouvrière et orientée vers les revendications économiques ; et la «critique artiste», d'origine étudiante, aspirant à l'épanouissement de l'individu. L'analyse fit forte impression, notamment auprès d'une nouvelle génération pour qui l'idée que 68 ait partiellement profité à l'ordre dominant exprimait, de façon savante, le thème de la «trahison» des soixante-huitards. La «rhétorique libertaire […] était en quelque sorte libérale sans le savoir», écrivaient Boltanski et Chiapello.

Neuf ans plus tard, tandis que Boltanski amorce un virage théorique, plusieurs ouvrages examinent la thèse centrale du livre. Ainsi, Jacques Rancière, dans le Spectateur émancipé (la Fabrique, Libération du 27 novembre) affirme la «solidarité du social et de l'esthétique» dans les luttes d'émancipation. Et Jérôme Vidal, dans la Fabrique de l'impuissance (Amsterdam, Libération du 16 octobre) se demande au nom de quoi le peuple n'aspirerait pas, lui aussi, à la «libération». La distinction critique sociale-critique a

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