La culture de la peur, c'est par exemple, au soir de la découverte de pains de plastic dans un grand magasin parisien, sans détonateur ni revendication crédible, la déclaration d'un Premier ministre remerciant les Français de leur «sang-froid», comme s'il s'était attendu à ce que la population, prise de panique, se mette à courir dans tous les sens dans les rues. La déclaration donne raison à l'ambitieux projet théorique de Marc Crépon : penser la peur comme menace pour la démocratie. «S'il est vrai que le premier effet de la multiplication de la peur est la perte d'identité des hommes et des femmes dont elle s'empare, la question sera de savoir dans quelle mesure sa "culture", à laquelle sont soumises les sociétés "démocratiques" aujourd'hui […] ne fragilise pas la frontière qui sépare et distingue ce qui "se donne" comme démocratie des autres régimes.»
«Culture de l'ennemi». La peur est au fondement de la politique. C'est pour se protéger que les hommes se rassemblent et apprennent à vivre ensemble. A l'Etat, ils délèguent la violence et la responsabilité de l'exercer contre ce qui, sinon, resterait source de peur. C'est le travail de l'armée et de la police - l'Etat, lui, n'a pas peur, puisqu'il n'est pas une personne. Pourtant, la peur agit aussi comme la limite de la politique, le point où l'Etat s'inverse en son contraire et se met à faire peur. Peur à ses ennemis, bien sûr («toute culture de la peur […] n'est jamais dissociable d'




