Conséquence majeure des grandes découvertes de la Renaissance, «dans les quatre parties du monde, des hommes, des femmes, des sociétés, des croyances, des faunes et des flores entrent subitement et brutalement en contact». D'évidence, cette première mondialisation fascine Serge Gruzinski, grand historien de l'Amérique latine à l'époque coloniale. Il y voit le défi majeur du XVIe siècle, ne serait-ce que pour introduire de la cohérence dans une représentation du monde mise à mal par les découvertes hispano-portugaises : il s'agit de prendre conscience de la diversité des peuples et des espaces, des liens qui les unissent mais aussi des écarts qui les séparent, en bref de «penser le monde».
Serge Gruzinski croise deux textes à peu près contemporains mais écrits à deux extrémités du monde. L'un, anonyme et publié à Istanbul en 1580, retrace l'histoire de la conquête du Nouveau Monde, preuve que vers 1580 sur les rives du Bosphore, on s'inquiétait de ce qu'était l'Amérique. L'autre, le Répertoire des temps, est édité à Mexico en 1606 par Heinrich Martin, un imprimeur allemand émigré en Nouvelle-Espagne. Ce livre qui s'adresse au lectorat américain comprend, lui, deux chapitres consacrés à l'empire ottoman.
Ptolémée. Cette symétrie n'est pas anodine. Outre qu'elle associe deux capitales jeunes mais héritières de deux vieux empires, elle prouve que «le chrétien de Mexico partage avec le musulman d'Istanbul la conviction que, quels qu'




