Ce texte aurait pu être publié il y a soixante ans. Ce texte aurait pu ne jamais être publié. De tous les témoignages sur la machine d'extermination nazie, c'est un des plus exceptionnels, écrit avant la fin de la guerre, quand la machine fonctionnait encore, par un homme qui a été à la fois un témoin et une victime survivante. Ce document d'à peine 120 pages est aussi un récit animé d'une stupéfiante force littéraire. Je suis le dernier Juif. Treblinka (1942-1943) a été écrit en 1944 par Chil Rajchmann, né à Lodz en 1914, déporté à Treblinka en 1942 et mort en Uruguay en 2004. Il est aujourd'hui publié pour la première fois, et c'est en France.
Sable. «Ma pauvre sœur me demande pourquoi je laisse nos valises. Je lui réponds : "C'est inutile." Nous nous embrassons en vitesse et nous nous quittons pour toujours.» Ainsi commence le récit de Chil. Il y a encore de l'humanité, elle disparaît très vite, ne reste qu'une description blanche, minutieuse : les hurlements, les prisonniers contraints de courir sous la menace des fouets et des balles, les chansons obligatoires, le travail. Sur le chemin des chambres à gaz, le sable blanc est couvert du sang de ceux qui ont été piqués par les baïonnettes. Une brigade est chargée de le recouvrir de sable propre pour que les nouveaux arrivants ne se rendent compte de rien, ça permet d'éviter pertes de temps et révoltes inutiles. Des coiffeurs coupent les cheveux des femmes déjà nues à l'entrée des chambres




