Golden Gate, sorti en anglais en 1986, est un très beau roman qui raconte la vie d'un groupe de jeunes gens un peu yuppies, un peu artistes, dans la région de San Francisco. C'est aussi un des textes les plus étonnants de la fin du XXe siècle. Un roman en vers, 594 sonnets en tétramètres iambiques, mais oui. Une forme a priori pas facile, ce qui explique qu'il n'ait pas été traduit plus tôt, même si ces histoires d'amours, d'amitiés, de repas ensoleillés et de chats jaloux ont un goût rare de légèreté, d'humour et de grâce nostalgique. Ce roman réputé intraduisible sort enfin, grâce à l'enthousiasme de son traducteur, Claro (lire ci-contre), qui nous retransmet la langue précise, musicale et très vive du texte original.
«Epatant».Son auteur,l'Indien Vikram Seth, est devenu ensuite célèbre avec Un garçon convenable, un autre roman, en prose celui-là. Seth s'est lancé, dit-il, dans ce projet improbable après s'être senti «exalté» à la lecture d'Eugène Onéguine de Pouchkine, un roman en vers qu'il a découvert dans la traduction anglaise de Charles Johnston. Golden Gate a d'abord été refusé par quelques éditeurs, comme l'auteur le raconte au chapitre 5. «Un éditeur - au cours d'une soirée mondaine / (Riche en vins et mets, d'une classe certaine) /[…] "Ami, / Sur quoi travaillez-vous ?" "Un roman…" "Epatant ! / Sachez, Vikram, que nous sommes tous impatients" /"… en vers", ajoutai-je aussitôt, et il jauni




