L'homme n'est-il qu'égoïsme ? Depuis la fin du XVIIIe siècle, la pensée économique, qu'elle soit libérale ou marxiste, proclame que quiconque veut comprendre le fonctionnement des sociétés doit partir du principe que les individus ne sont mus, dans leurs comportements sociaux, que par leur seul intérêt.
A l'«utilitarisme», le sociologue Alain Caillé, 65 ans, entend opposer les autres dimensions de l'action humaine en s'inspirant des travaux de l'anthropologue français Marcel Mauss, auquel la Revue du M.A.U.S.S. (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales), dont il est le fondateur et l'animateur, rend hommage jusque par son titre. Dans son dernier ouvrage, Alain Caillé pose les bases d'une théorie générale de l'action humaine. Rencontre.
Pourquoi une «sociologie générale», à l’heure où la sociologie préfère les objets particuliers ?
La sociologie générale constitue un héritage grandiose, où l'on retrouve les plus grands auteurs : Tocqueville, Marx, Weber, Durkheim, Simmel, Mauss ou encore Bourdieu, qui est probablement le dernier de cette tradition. Son but était de s'interroger sur la formation, le fonctionnement et la mort des sociétés humaines. La philosophie politique partage le même objet, mais l'aborde sur un mode spéculatif, en «écartant tous les faits», comme disait Rousseau. Quant à la science économique, elle recourt à des situations théoriques (des robinsonnades) où l'intérêt économique est artificiellement isolé des autres moteurs de l'action. La sociologie générale ne méconnaît pas la puissance des intérêts individuels, mais, po




