L’universitaire américaine Eve Kosofsky Sedgwick vient de mourir, à l’âge de 59 ans. Elle était considérée comme la fondatrice des études gays et lesbiennes aux Etats-Unis. Personnalité importante du féminisme universitaire américain, elle avait enseigné à Berkeley et à Duke avant de rejoindre la City University de New York.
Publié en 1990 et considéré comme son œuvre maîtresse, Epistémologie du placard n'est sorti en français que l'année dernière, aux éditions Amsterdam. Eve Kosofsky Sedgwick y montre que «la plupart des articulations de la pensée et du savoir de la culture occidentale du XXe siècle en son entier sont structurées - ou plutôt fracturées - par une crise définitionnelle chronique […] de l'homo-hétérosexualité, concernant tout particulièrement les hommes et datant de la fin du XIXe siècle». Car ce n'est qu'à cette époque-là que le mot «homosexuel» est entré dans le discours occidental, précédant de quelques années seulement le terme «hétérosexuel». A partir des textes d'Oscar Wilde, Henry James ou Marcel Proust, Sedgwick mettait en évidence la diffusion de ce clivage «homo-hétéro» dans l'ensemble du champ culturel, à travers des binômes tels que «secret-révélation», «privé-public», «majorité-minorité», «innocence-initiation», «naturel-artificiel».
Dans un entretien au magazine Têtu paru l'année dernière, elle évoquait ses travaux en cours - un ouvrage sur «l'importance du vaste tableau des




