Servie par le verbe enflammé d’André Malraux, la panthéonisation de Jean Moulin, en 1964, a soudainement conféré au représentant du général de Gaulle le statut de symbole incontesté de la Résistance française. Pourtant, l’homme, mort des tortures infligées par Klaus Barbie, reste un inconnu. Si son œuvre a, depuis de longues années, suscité des débats passionnés entre résistants et historiens, l’individu, figé derrière son écharpe légendaire, conserve une part de son mystère - malgré les biographies qui lui ont été consacrées. C’est dire que les mémoires de Daniel Cordier étaient attendus.
Ascendant. Gagnant Londres dès 1940, Daniel Cordier, volontaire pour les services secrets de la France libre (le BCRA), fut en effet affecté au service de Moulin qu'il servit, comme secrétaire, de juillet 1942 au drame de Caluire survenu le 21 juin 1943. Son journal, puisque c'est ainsi que se présentent ses souvenirs, offre, dans un premier temps, la chronique d'un très jeune engagé que métamorphosent les dures réalités de la guerre. L'ancien militant de l'Action française honnissant les Juifs et le Front populaire ne tarde pas à évoluer au contact de compagnons d'armes qui s'appellent Raymond Aron ou Yvon Morandat, tout en succombant à l'ascendant du général de Gaulle.
Le lecteur découvrira ainsi, au fil des pages, le milieu des premiers Français libres, poignée de braves qui brûlent de laver l’affreuse défaite de 1940 tout en subissant un entraînement militaire d’autant p




