Une promenade pour dire adieu. C’est une belle façon de quitter un pays : debout, les pieds devant. Lieve Joris a décidé de tourner sa page congolaise en faisant une dernière balade sur les hauts plateaux de l’Est. Là où la vie semble s’être arrêtée il y a des siècles. Là aussi où est l’une des sources du mal congolais, cette petite peuplade fière, arriérée, jalousée et détestée : les Banyamulenge, les Tutsis du Congo, qui portent des cannes et de grands chapeaux de feutre, aiment leurs vaches plus que leurs femmes et préféreraient mourir que de se mélanger aux autres. Ce qui reviendrait au même d’ailleurs.
«Voix d'été». Partie de Minembwe, Lieve Joris est descendue jusqu'à Uvira, au bord du lac Tanganika, dans le Sud-Kivu. Les hommes entraînés effectuent cette marche en quatre jours. Elle prendra son temps pour rencontrer, observer, rapporter avec son acuité habituelle : du journalisme mais en mieux, de la littérature du réel. Mais cette «descente» est aussi un chemin personnel et rapidement, Lieve Joris, qui a perdu sa mère quelques mois avant ce périple, comprend qu'aussi loin nos pas nous portent, c'est toujours soi que l'on finit par rencontrer, soi et son enfance inassouvie, au creux d'un chemin ou d'une ride. Le goût des myrtilles et du Coca tiède, le crissement des aiguilles de pin sous les pas l'attrapent par surprise, la renvoyant à la «voix d'été de sa mère, pour finir par la ramener à ses derniers jours : «En position de fœt




