Comment devient-on un génie ? Sur quels critères s'établit la hiérarchie des talents ? Comment comprendre qu'autant de gens se portent candidats pour exercer des professions où la probabilité de réussite est très faible ? Pourquoi de tels écarts de revenus entre un honnête musicien et une star ? Dans un domaine où prévaut l'inventivité permanente, où tout est possible, le sociologue peut-il débusquer des logiques d'action et repérer des «rationalités» ?
Précariat. Pierre-Michel Menger a engagé à la fin des années 80 un vaste programme de recherches sur le travail artistique. En 2003, un petit essai incisif, Portrait de l'artiste en travailleur, avait popularisé l'idée qu'à l'ère de la flexibilité et du précariat, l'intermittent du spectacle incarnait «la» figure adéquate du nouveau capitalisme dominant. Le Travail créateur est d'une tout autre ampleur. Synthèse d'une recherche engagée dans les années 80, c'est un ouvrage volumineux, écrit dans un style dense et maniant des notions de sociologie parfois très abstraites qui en rend la lecture assez ardue. Le prix à payer, sans doute, pour une approche exhaustive qui se propose d'unifier les diverses facettes du travail artistique autour d'un principe commun : «le principe d'incertitude».
A l’heure où le métier d’artiste apparaît comme le modèle d’existence le plus désirable, par lequel chaque individu peut espérer atteindre l’épanouissement maximum, Menger en examine les cond




