Dominique Weber enseigne la philosophie en classes préparatoires. Il a publié Hobbes et le désir des fous, en 2007, aux Presses de l'université Paris-Sorbonne. Dans le dossier d'Esprit, il analyse la piraterie dans sa dimension politique.
Des radios-pirates à la liste Pirate Bay en Suède, comment le pirate est-il devenu une figure politique ?
Il me semble que la perception de la piraterie a commencé à changer avec les travaux de l'historien britannique Christopher Hill et notamment son article intitulé «Radical Pirates ?», paru en 1984. Hill est le premier à l'inscrire dans le contexte politico-religieux de la révolution anglaise du XVIIe siècle et notamment de la contestation virulente du pouvoir royal et de l'Eglise établie d'Angleterre par la partie la plus radicale du mouvement calviniste puritain. Ce mouvement comptait de nombreux représentants dans la piraterie et ses idéaux l'ont imprégné en profondeur, même s'il n'est pas vrai de dire que les pirates anglais furent tous des «dissidents» religieux ou que tous les radicaux se firent pirates. En tous les cas, l'article de Hill a ouvert la voie à une réévaluation de la piraterie dont attestent surtout, aux États-Unis, les travaux importants de Marcus Rediker (1). Ils nous apprennent que, bien plus qu'une manière de pratiquer le brigandage sur mer, la piraterie est un phénomène politique, porteur d'une véritable refonte des codes sociaux concernant l'autorité, le partage des richesses, la protection sociale, le refus de l'esclavage ou même le statut de la femme. Dans l'Histoire générale des plu




