Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) n'a pas bonne presse en France. Pour des raisons différentes, Deleuze, Foucault et Levinas en avaient fait leur cible préférée, symbole de la Raison occidentale qu'ils entendaient subvertir. Il y a deux ans, le deux centième anniversaire de la Phénoménologie de l'Esprit, son ouvrage majeur, n'a été célébré que par les spécialistes, tandis que le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, copié-collé de quelques paragraphes sur «l'homme africain» qui ne serait pas entré dans l'histoire, a conforté l'image du philosophe allemand en théoricien de la raison d'Etat.
Lorsqu'il parle de son livre, Jean-Clet Martin se fixe une haute ambition : «Marquer une inflexion dans la lecture de Hegel en France.»De fait, proposer de «lire la Phénoménologie de l'Esprit» est en soi une rupture : depuis les fameux séminaires de Kojève et Hyppolyte avant la guerre, les contempteurs de Hegel s'intéressent moins à ses textes qu'à sa prétention à construire un «système» couvrant les domaines les plus variés de l'activité humaine - droit, histoire, esthétique… Projet dénoncé comme rigide, fermé, totalisant, voire potentiellement totalitaire. C'est par exemple la thèse répétée de livre en livre par André Glucksmann (le premier des Maîtres penseurs qu'il dénonce dès 1977, c'est Hegel).
Catégorie. Jean-Clet Martin, lui, nous convie à une lecture mot à mot, ligne à ligne. La Phénoménologie de l'Esprit,




