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Critique

La grève de la faim, sujet à contestation

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Johanna Siméant, chercheuse, retrace la généalogie d’un mode de protestation qui dérange par l’émotion qu’il suscite.

Publié le 03/10/2009 à 0h00

Recourir à la grève de la faim semble, à première vue, irrationnel. En un mois pourtant, trois personnes au moins ont entamé un jeûne volontaire en France : un mécanicien du port du Havre dénonçant ses conditions de travail, un jeune homosexuel voulant donner son sang alors que la loi le lui interdit, une détenue basque refusant son expulsion.

Professeure de science politique à l'université Paris-I, Johanna Siméant signe avec la Grève de la faim, la première synthèse sur un thème largement délaissé par les sciences sociales - la spécialiste n'a recensé qu'un seul ouvrage en français et en anglais. Si les manifestations ou les grèves sont les parangons de la revendication collective, la grève de la faim est souvent considérée sans fondement, car jugée trop individuelle. «On a tendance à pathologiser cette forme de contestation, dit la chercheuse. Le gréviste de la faim est vu comme un être perdant la raison, un paranoïaque. On lui accorde, à la rigueur, que le fond de sa revendication est légitime, mais que la forme pose problème. Il en fait "trop".»

Au-delà de ce point de vue psychologisant, Johanna Siméant démontre au contraire, dans un texte aussi clair que charpenté, que le jeûne volontaire est un mode d'action protestataire qui a une histoire et des stratégies propres, utilisé par de nombreux groupes sociaux : prisonniers, sans-papiers, terroristes incarcérés. Dans Hunger, film coup-de-poing présenté au Festival de Cannes l'an dernier, l

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