Rien ne témoigne davantage de l'appauvrissement et des ambiguïtés de «l'idée d'Europe» dans le monde que la volonté conjointe de ses dirigeants de l'ériger en forteresse et de dresser entre les citoyens européens et les étrangers qui frappent à sa porte un (autre) mur de plus en plus difficile à franchir. Il est devenu usuel de parler de l'immigration, de façon quasi exclusive, comme d'un problème, en omettant de rappeler la ressource qu'elle a toujours signifiée. Face à cette lente sédimentation de l'inacceptable, la réponse des philosophes est de montrer que les identités collectives (nationales ou autres) ne se conçoivent pas autrement que comme un processus d'hétérogénéisation permanent qui fait de la mobilité des populations une chance. Celle des historiens est de rappeler, peut-être, le défi qu'elle a pu présenter dans le passé, la complexité des questions qu'elle a posées aux pouvoirs politiques et d'analyser les conséquences des réponses apportées ou manquées. C'est ce que fait l'historien Alessandro Barbero qui, après avoir consacré un premier ouvrage (Andrinople, le Jour des barbares, 2006) à la victoire des Goths sur les Romains en 378, propose avec Barbares une synthèse d'une grande clarté et d'une grande érudition sur la façon dont l'Empire romain a abordé la question de l'immigration, de l'époque d'Auguste à la chute de l'Empire d'Occident.
Si l’on accepte de désigner sous le nom d’immigrés les «barbares» auxquels le gouvernement romain donnait




