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Critique

Rides et lolitas

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De Philippe Bazin à Hellen Van Meene, diaporama de clichés radicaux

Publié le 10/12/2009 à 0h00

En 1985, interne dans un hôpital de province, Philippe Bazin se retrouve face à des vieillards qu'il décide de photographier «pour ne pas les oublier». Ces visages ouvrent la Radicalisation du monde, et c'est un vrai choc, tant ils sont encore vivants, mais proches de la mort, effrayants, abandonnés aux poils qui dévorent les rides comme des mauvaises herbes, les bouches de travers, les yeux aussi, totalement hagards. Loin d'être un spectacle cruel, cette reconnaissance des autres fut le premier pas de Philippe Bazin vers un projet ample, ainsi résumé : «J'ai l'ambition de montrer, de la naissance à la mort, ce qu'est l'état de notre société, de notre monde, à travers les visages des gens. Je travaille toujours par série, car photographier un grand nombre de personnes me permet de laisser émerger leur singularité la plus incontournable. […] Tous ces visages qui avancent vers nous, qui nous regardent, dont la chair est extrêmement présente, vont reconstituer mentalement le sentiment d'un peuple.»

Après les vieillards, furent photographiés, sous le même angle clinique, des adolescents, des aliénés mentaux, des ouvriers et des enfants à peine nés, qui hantent la Radicalisation du monde et lui donnent sa respiration, continue, entêtante. Dans le désordre défilent ainsi 585 visages saisis entre 1985 et 2003, plombés par une lumière presque inflexible, et qui révèlent, l'un après l'autre, l'extrême attention dont chacun a bénéficié. C'est ce qui

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