Les gens sont gentils. Ils aiment bien les livres qui se vendent bien. D'ailleurs ils les achètent, parfois même ils les lisent ! Le monde n'est-il pas bien fait ? Mais qu'une brèche vienne à s'ouvrir, et c'est tout le refoulé de l'humanité lectrice qui s'y engouffre. La brèche a été ouverte le 8 décembre sur le site du quotidien britannique The Guardian. Un blogueur à l'audience habituellement confidentielle (Sam Jordison) a demandé à ses lecteurs quels avaient été, selon eux, les pires livres de la dernière décennie. Ce fut une avalanche de messages de haine - près de 900 dimanche - dont ont fait les frais quelques stars des librairies britanniques comme Ian McEwan ou Zadie Smith, et des auteurs plus planétairement ravageurs comme Dan Brown, Carlos Ruiz Zafón, Jonathan Littell, J.K. Rowling et même Philip Roth. Beaucoup des messages ont été écrits dans un style très direct, genre : «Harry Potter me casse les couilles.»
En France, un débat autour de la littérature contemporaine aurait peu de chance d’être aussi riche. A nos concitoyens, il faudrait plutôt demander ce qu’ils pensent des aventures de Johnny à Los Angeles, et de la gigue des compagnies d’assurances à son chevet.
Puisque les trois lecteurs qui nous font l’amitié de lire cette chronique sur Internet ne sont guère enclins à «poster» des commentaires, surtout sur un sujet pareil, il nous a




