Les éditions Guérin de Chamonix viennent de publier leur centième livre : c'est un bijou. Il s'agit avant tout d'un texte précieux, Premier de cordée, roman inoubliable, le premier de Roger Frison-Roche, guide, grand reporter, écrivain et explorateur. Ecrit en 1941 pendant un séjour à Alger, c'est un monument de la littérature alpine, un best-seller traduit en plus de vingt langues et adapté à deux reprises pour le cinéma.
L'histoire de Pierre Servettaz, jeune Chamoniard fou d'alpinisme privé de sa passion par un vertige chronique, conséquence d'un dévissage lors d'un secours au Dru, est la trame solide de ce roman qui est aussi une fresque captivante de la vallée chamoniarde des années 20, de sa société encore paysanne, de l'alpinisme rustique d'alors et du massif du Mont-Blanc. La finesse quasi journalistique des descriptions de cet univers que Frison-Roche connaissait comme sa poche, lui qui fut le premier «étranger» admis à la compagnie des guides de Chamonix, est décuplée par son écriture puissante : «Le drame était sur la montagne, mais, impavide et souveraine, elle montait la garde sur les vallées d'alentour, insensible aux pensées des hommes qui gîtaient dans ses flancs, frileusement pelotonnés dans leurs cabanes de pierre. Sa faction millénaire n'était troublée, de loin en loin, que par le sourd grondement des avalanches ou le fracas plus sec des chutes de pierres qu'un regel trop brusque venait de déclencher.»
L'ouvrage est imposant, 400 pages, et t




