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Critique

L’apocalypse selon Jacob Taubes

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Les frasques théoriques d’un philosophe juif allemand

Publié le 30/12/2009 à 0h00

Au tournant des années 70, Jacob Taubes approche la soixantaine. C'est un philosophe au caractère tranchant, à l'intelligence éclatante, homme de controverses et de conférences houleuses sur l'«eschatologie» et l'«apocalyptique», au cours desquelles il se livre à de grandes synthèses entre Paul, Hegel, Marx, Freud ou Benjamin. Mais c'est aussi un personnage mondain, qui arrive aux soirées entouré des plus jolies femmes - malgré l'âge et bientôt la maladie.

En Allemagne, son pays d'origine, il détient une chaire d'herméneutique spécialement créée pour lui et fait partie des happy few du Berlin d'avant la chute du Mur. Il a codirigé avec Habermas la très chic collection «Theorie», chez l'éditeur allemand Suhrkamp et, parmi ses étudiants, il y eut Susan Sontag, puis Avital Ronell, qu'il appelait ses «deux petites Américaines». A Paris, il s'est lié à Clemens Heller, secrétaire général de l'EHESS, où il donne des séminaires. «Il était d'une effronterie incroyable et vous manifestait à tout bout de champ son mépris de la bienséance bourgeoise», se souvient un témoin. Le genre à sonner à 11 heures du soir chez un ami : «Je suis fatigué, je viens me reposer dans ton lit.» On le rencontrait dans tous les cercles, c'était une figure du tout-Paris intellectuel.

Et puis, plus rien. Il meurt en 1987, tandis que l'époque change : il faut être moins rude, moins cassant. S'il reste lu en Italie, en France sa pensée s'eff

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