La littérature du XXe siècle nous a légué deux grandes énigmes. Un : où donc sont passées les pantoufles que Marcel Proust, un jour, a jetées au visage d'Emmanuel Berl lors d'une dispute ? Et deux : pourquoi Seymour Glass se tire-t-il une balle dans la tempe droite à la fin d'«Un jour rêvé pour le poisson-banane», la nouvelle de Salinger ? Côté pantoufles, plus grand-chose à espérer désormais, à moins d'une pêche miraculeuse dans les réserves du musée Carnavalet. Mais l'espoir reste permis quant au suicide de Seymour : depuis la mort de Salinger, le 27 janvier, les tiroirs s'ouvrent, les lettres ressortent. Pas impossible que l'on comprenne enfin comment les expériences traumatisantes vécues par Jerry Salinger durant la Seconde Guerre mondiale sont venues s'inscrire en filigrane dans toute son œuvre. Quelque spécialiste de la théorie littéraire en fera probablement son miel.
L'écrivain a traversé le conflit comme soldat, depuis le débarquement en Normandie jusqu'à l'arrivée des troupes américaines dans le camp de Dachau. L'auteur de Franny et Zooey fut ensuite soigné en Allemagne pour un stress post-traumatique. On aurait été ébranlé à moins. Là se produit l'un des épisodes les plus troublants de sa vie : il se marie avec une certaine Sylvia Welter, que Margaret Salinger - dans l'Attrape-Rêves, livre qu'elle a consacré à son père en 1999 - a présentée comme une jeune Allemande pronazie et antisémite. Eh bien Margaret s'est plantée : Sylvia était f




