Menu
Libération
Critique

Incertaine démocratie

Réservé aux abonnés

Le triomphe du néolibéralisme comme preuve de la faiblesse du régime, par Myriam Revault d’Allonnes

Publié le 04/03/2010 à 0h00

Il paraît que la démocratie est une question réglée. La victoire sur le nazisme, puis la chute du mur de Berlin auraient soldé l'affaire. D'un côté se trouverait le Mal - les totalitarismes - et de l'autre le Bien - la démocratie dans sa forme actuelle, ce que Myriam Revault d'Allonnes appelle d'entrée de jeu «une pseudo-démocratie non plus libérale, mais "néo-libérale"». Depuis, et malgré la multiplication des symptômes (ségrégation sociale et territoriale, formation d'oligarchies, impuissance du politique), quiconque se risque à ausculter les fondements de la démocratie se voit taxer de complaisance totalitaire (c'est le procès fait à Alain Badiou) ou d'aspiration autoritaire (cette critique a été adressée à Marcel Gauchet). Le seul fait de s'interroger trahirait nécessairement une arrière-pensée antidémocrate.

Symbole. Myriam Revault d'Allonnes n'est pas proche de Badiou, qu'elle dénonce, ni de Gauchet, même si elle appartient comme lui à la grande famille des intellectuels «antitotalitaires». Ses deux guides, dans cet ouvrage, s'appellent Claude Lefort et Michel Foucault. Du premier, elle retient la définition de la démocratie : c'est le régime qui permet à la politique de se détacher du corps du monarque pour garantir la liberté de l'individu, y compris la liberté de n'avoir plus rien de commun avec son voisin. Désincarnée et divisée, simple procédure organisant les désaccords, la démocratie est structurellement en manque d'un symbole vivant et

Dans la même rubrique