Il paraît que la démocratie est une question réglée. La victoire sur le nazisme, puis la chute du mur de Berlin auraient soldé l'affaire. D'un côté se trouverait le Mal - les totalitarismes - et de l'autre le Bien - la démocratie dans sa forme actuelle, ce que Myriam Revault d'Allonnes appelle d'entrée de jeu «une pseudo-démocratie non plus libérale, mais "néo-libérale"». Depuis, et malgré la multiplication des symptômes (ségrégation sociale et territoriale, formation d'oligarchies, impuissance du politique), quiconque se risque à ausculter les fondements de la démocratie se voit taxer de complaisance totalitaire (c'est le procès fait à Alain Badiou) ou d'aspiration autoritaire (cette critique a été adressée à Marcel Gauchet). Le seul fait de s'interroger trahirait nécessairement une arrière-pensée antidémocrate.
Symbole. Myriam Revault d'Allonnes n'est pas proche de Badiou, qu'elle dénonce, ni de Gauchet, même si elle appartient comme lui à la grande famille des intellectuels «antitotalitaires». Ses deux guides, dans cet ouvrage, s'appellent Claude Lefort et Michel Foucault. Du premier, elle retient la définition de la démocratie : c'est le régime qui permet à la politique de se détacher du corps du monarque pour garantir la liberté de l'individu, y compris la liberté de n'avoir plus rien de commun avec son voisin. Désincarnée et divisée, simple procédure organisant les désaccords, la démocratie est structurellement en manque d'un symbole vivant et




