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Libération
Critique

Message: YSL, à la vie à l’amour

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Publié le 20/03/2010 à 0h00

C'est un «petit» livre, vif et tranchant. Ce sont des lettres que Pierre Bergé adresse à Yves Saint Laurent, du 5 juin 2008, date des funérailles de Saint Laurent, au 14 août 2009. Ce doit être une étrange épreuve que d'écrire à un mort, qui plus est quand il fut un bien-aimé. Le fameux rock d'Elvis Presley nous passe par la tête : Return to Sender, Adress Unknow. On songe aussi aux Feuilles mortes de Prévert : «Oh ! Je voudrais tant que tu te souviennes / Des jours heureux où nous étions amis.» Vers qui font écho à la première phrase de la première lettre : «Comme le matin de Paris était jeune et beau la fois où nous nous sommes rencontrés !»

Du coup, cette correspondance d'outre-tombe agit comme une expérience spirite. Pierre Bergé fait tourner les pages comme on fait tourner les tables. On songe au message des Enfers qu'Orphée écoute sur son autoradio dans le film éponyme de Cocteau. Des messages chiffrés, insensés pour qui n'a pas l'ouïe fine. Il faut lire ces Lettres à Yves comme Jean Marais tend l'oreille vers l'au-delà : ici l'ombre.

Bien des fantômes apparaissent, bien des anges souriants, le souvenir des jours heureux, à Marrakech, à Salzbourg, en Normandie ou ailleurs. Bien des démons aussi montrent les dents et déchirent. Les années terribles où les drogues et l’alcool rongent la vie de Saint Laurent et minent par contrechoc celle de Bergé.

Les amateurs de sales petits secrets devront cependant en rebattre. Quand il approche la fro

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