Dès 1962, des dizaines de Français s’efforcèrent, dans la mesure de leurs moyens, d’aider la République algérienne à se construire. Tous manifestèrent un égal enthousiasme, qu’ils aient été porteurs de valises durant la guerre d’indépendance ou aient attendu la fin du joug colonial pour gagner la rive sud de la Méditerranée. La révolution algérienne ouvrait un bel espace d’action aux hommes et aux femmes de bonne volonté qui espéraient placer leurs compétences au service du nouveau pouvoir. Ils ne déçurent pas ses attentes, le départ des Français provoquant un brutal déficit d’experts qui menaçait la viabilité de la jeune Algérie. Tous les volontaires offraient un concours bienvenu. Médecins et infirmières montèrent alors dispensaires et hôpitaux, des fous de cinéma animèrent la Cinémathèque d’Alger qui brilla d’un incomparable éclat, des journalistes contribuèrent à jeter les bases de la presse nouvelle. De façon plus obscure, quelques pionniers créèrent des cours du soir ou des colonies de vacances, où se pressait une jeunesse pauvre, avide de connaissances et de loisirs.
Ces rêves, pourtant, ne tardèrent pas à se briser. Parée de toutes les vertus, la société algérienne restait marquée par de lourds héritages, dont le FLN n’entendait pas nécessairement se défaire. Les femmes subirent la loi d’airain d’un machisme qui entendait les cantonner au foyer et à la garde des enfants - sans parler des mariages forcés qui furent loin de disparaître. Les musulmans regardaient d’un œi




