Augustus Melmotte est «un homme corpulent, avec des favoris touffus, des cheveux épais et ébouriffés, de lourds sourcils, une bouche et un menton qui dégageaient une étonnante impression de puissance». Financier sans scrupules, chassé de Paris et de Vienne après des faillites frauduleuses, il a trouvé refuge à Londres, oùl'opinion se fait «une idée confuse de la différence entre le commerce et l'escroquerie». Des acrobaties de Melmotte, nous ne connaîtrons que la dernière, la «Compagnie du chemin de fer du Pacifique centre et sud et du Mexique», invraisemblable tracé conduisant de Salt Lake City à Veracruz, et véritable machine à rincer les petits actionnaires. Aujourd'hui, on fait ça avec des subprimes ou les créances de l'Etat grec, mais grosso modo, l'idée est la même.
Personnage typique de l'Angleterre du temps de la reine Victoria, Anthony Trollope (1812-1882) fut le romancier d'une seule pulsion : l'avidité, l'argent, le besoin de posséder à tout prix. «Une certaine catégorie de malhonnêteté - une malhonnêteté aux proportions magnifiques, avec l'ambition de se hisser aux postes importants - est devenue si répandue, si splendide, qu'on peut craindre que les hommes et les femmes ne se mettent à considérer que la malhonnêteté, pourvu qu'elle soit splendide, n'a rien d'abominable», écrit-il dans son autobiographie (1). En 1875, il publie The Way We Live Now, son œuvre maîtresse, à laquelle, il y a quinze jours encore, The Eco




