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Deux femmes philosophes relisent la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel

Publié le 13/05/2010 à 0h00

La dialectique du maître et de l’esclave est l’un des morceaux de bravoure de la Phénoménologie de l’esprit. Hegel y peint une rencontre imaginaire que l’on peut situer tout aussi bien à l’aurore de l’humanité ou dans la cour de récréation d’une école maternelle, le jour de la rentrée : «Un individu surgit face à face avec un autre individu.» L’un deviendra maître, l’autre esclave. Dans la fameuse analyse qu’il en fit au cours des années 30, Alexandre Kojève montrait que cette confrontation était une étape indispensable du processus de la «reconnaissance».

Parangon. Voici qu'aujourd'hui deux philosophes revisitent ce texte pour montrer qu'il parle du «corps» tout autant que de la soumission ou de la reconnaissance. Que ces philosophes soient des femmes n'est pas indifférent, si l'on songe que, longtemps, Hegel fut présenté comme le parangon de la métaphysique masculine et dominatrice…

Une expression assez singulière du texte hégélien leur sert de point de départ : de ces deux consciences qui viennent de tomber en arrêt et s'observent mutuellement, Hegel dit qu'elles sont «enfoncées dans l'être de la vie». Traduction : elles ne sont pas détachées de leur support biologique, elles restent «enfoncées» dans leur corps, à la façon de l'animal. Or, pour être reconnu comme «conscience de soi», l'individu doit justement prouver qu'il est plus qu'un animal, qu'il vaut mieux qu'un corps. D'où «la lutte pour la vie et pour la

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